Chroniques de Jules Falardeau

Jeudi, 22 mai 2014 | 
Écrit par Jules Falardeau   

Discours prononcé le vendredi 16 mai 2014 au rassemblement du Réseau de Résistance du Québécois.

J'ai aucune idée quoi vous dire en fait. Je pourrais faire un beau discours patriotique le poing dans les airs qui se terminerait par « Québec, un pays ». Je pourrais chier sur nos élites politiques qui chient dans leurs culottes. Je pourrais parler de la petite mentalité de colonisé qui nous habite. Je pourrais parler de notre mollesse collective. De notre ignorance. Des séries de la coupe Stanley. De notre abrutissement à chanter l'hymne national avec Ginette Reno, la main sur le cœur. Je n'en ai aucunement envie. Je vais vous raconter quelque chose d'autre à la place. Vous y verrez le sens que vous voulez.

« Vous croyiez peut-être que j'allais vous balancer un discours de petit-maître aux escarpins vernis. Vous êtes tous une bande d'enfoirés. J'ai amené un train pour vous embarquer tous à Chihuahua ». Voici le général Pancho Villa qui s'adresse à la Chambre de commerce de Monterrey. Vous avouerez qu’on est loin de nos larbins traditionnels qui lèchent le plancher face aux chambres de commerce. À ce moment-là, Villa mettait la chambre de commerce en garde de ne plus mépriser les pauvres. Ensuite, il demanda une contribution d’un million de pesos de la part de cette chambre de commerce, menaça d'en fusiller le président et garda la comité directeur en otage, le temps que la somme soit amassée. Parlez-moi de ça.

Je ne vous ferai pas la biographie de Villa ce soir, mais je vais seulement vous raconter quelques anecdotes. Pour faire une histoire courte, Pancho Villa a été l'un des héros de la révolution mexicaine. Il a commencé par être un bandit, un peu par la force des choses; il est devenu fugitif après avoir tiré sur le fils de son propriétaire terrien qui tentait d'agresser sa sœur. Il était un homme brillant, mais peu cultivé, et surtout l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire de l'humanité. Après avoir renversé l'infâme Porfirio Diaz, le nouveau gouvernement, pour le remercier de sa précieuse contribution, l'emprisonna. C'est en prison qu'il lut l'histoire du Mexique. Puis, il finit par s'évader. Finalement, le nouveau gouvernement fut renversé et Villa reprit les armes. Bon, vous lirez sa biographie si l'histoire vous intéresse. Ce que je voulais surtout vous raconter, c'est le genre de décision qu'il prenait alors qu'il était gouverneur de l'État de Chihuahua.

Il a expulsé les Espagnols qui avaient soutenu la dictature de Diaz, leur donnant 10 jours pour déguerpir ou ils seraient « alignés sur le mur le plus près ». Il a fixé un prix plancher pour le lait, le pain et le bœuf. Il a signé un décret de confiscation des biens des oligarques qui se sont enrichis sur le dos de la paysannerie pendant un demi-siècle. Et tout ça, dans les trois premiers jours de son mandat! Le journal d'El Paso, au Texas, The Sun, qualifiait la situation de « socialisme mené par un despote », mais reconnaissait que beaucoup de ses actions étaient justes. En fait, il venait de nationaliser les moulins à blé, et le sac de farine passait donc de 9$ à 1,50$.

Pourquoi est-ce que je vous raconte ça? Je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être parce que je trouve ça inspirant de voir des gens comme ça, se tenir debout, avoir une vision. Ça nous change de nos lavettes qui pratiquent l’àplatventrisme à outrance. Peut-être aussi parce que ça fait plusieurs fois que j'entends : « Finalement, le printemps étudiant n'a rien donné, on est revenu à la case départ ». Premièrement, c'est faux. On est pas revenu à la case départ, on a régressé. Ensuite, c'est toujours à recommencer. Ce sera toujours à recommencer. Quand il y a une révolution, il y a toujours des arrivistes pour trahir le peuple, et tout est à recommencer. En ce sens, l'histoire de la révolution mexicaine est le meilleur exemple.

Finalement, peut-être aussi parce que quand je suis allé au Mexique à 20 ans, je me suis bien entendu avec les Mexicains. J'ai trouvé là un peuple fier et très nationaliste. Deux choses qui sont encore à l'état embryonnaire ici. « Nous tiendrons un référendum quand les Québécois seront prêts, peut-être dans un 2e ou un 3e ou un 4e mandat... ». Fuck off, estie. « Vous êtes tous une bande d'enfoirés. Donnez un million de pesos ou je vous fais fusiller ». Ça, ça me fait rire.

« Un brave avec une intelligence moyenne peut faire plus
pour l'indépendance qu'un génie peureux »
- Reggie Chartrand

Jules Falardeau

 

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