Chavez n’est plus. Le héros des pauvres a passé l’arme à gauche. On m’a dit que c’est arrivé hier, aux mains d’un affreux cancer. Laissant ainsi tout un peuple en deuil, en pleurs. Un peuple qui l’a suivi courageusement sur les sentiers de la révolution bolivarienne, espérant ainsi changer le monde pour le mieux. Je rêvais avec eux.
Dès 1998, Hugo Chavez présenta clairement ses couleurs. Toujours, il serait du côté des pauvres contre le « fléau de l’oligarchie » qui était défendu infailliblement par les deux vieux partis du temps. Cette situation qui maintenait depuis trop longtemps le Vénézuela et ses fils et filles dans la pauvreté la plus extrême, Chavez ne pouvait la tolérer davantage. Il la combattrait de toutes ses forces, des années durant, y perdant la santé au change. Et il le fit, sans concession aucune. On se doit d’admirer cela.
Sous sa poigne, le Vénézuela réduisit fortement la pauvreté affligeant le peuple, des programmes sociaux furent mis sur pied et financés adéquatement, alors que l’accès à l’éducation et à la santé fut considérablement élargi. Et l’analphabétisme fut pratiquement éradiqué. Tout ça réalisé par non pas un dictateur mais bien un homme grand et fort qui se soumit régulièrement au verdict électoral, gagnant toujours ses élections dans l’honnêteté et la transparence, et ce, malgré les manigances de l’oncle Sam et de cette presse veule qui pue l’ancien régime exploiteur et qui n’a jamais cessé de l’attaquer.
Chavez a également été un exemple de courage pour son peuple. Se dresser contre les multinationales pour mieux nationaliser leurs activités, en tout ou en partie, comme il l’a fait avec le pétrole, il fallait ne pas avoir froid aux yeux pour risquer l’aventure. L’empire ne pouvait que le détester pour ça et tout le reste. Mais Chavez n’en avait que faire. Il s’inspirait de Sankara, de Bolivar, d’Allende, de Lumumba pour construire un Vénézuela fort qui pourrait faire enfin plier les genoux des impérialistes de tout acabit qui ont toujours pillé sans vergogne l’Amérique latine. Car ne nous y trompons pas : si Chavez était socialiste, il était également très nationaliste. « Patria u muerte » lui seyait comme un gant !
Bien sûr, tout ne fut pas parfait sous le règne du chef historique. Une bourgeoisie exploiteuse (la boliburguesia) existe toujours au Vénézuela ; la pauvreté et la criminalité aussi. Mais une chose demeure : le pays est beaucoup mieux aujourd’hui qu’il ne l’était avant que Chavez ne le transforme.
Si Hugo Chavez a pu atteindre ses objectifs, c’est parce qu’il a su se faire accepter et AIMER du peuple par sa sincérité, son authenticité et son courage. Mais d’abord et avant tout par la solidarité dont il fit toujours preuve à son égard, en partageant ses malheurs. Pas en en profitant de la situation à son détriment parce qu’il occupait maintenant des fonctions importantes comme trop de dirigeants le font de par le monde. Mais en écoutant les plus pauvres et en combattant à leurs côtés, peu importe les conséquences.
À ce chapitre, le dirigeant était très clair : « J’ai toujours été un va-nu-pieds, et je mourrai va-nu-pieds. Je ne veux aucunes richesses, je ne veux rien. Rien ! » Il ajoutait : « car les hommes politiques, nous ne sommes pas là pour faire des affaires, nous sommes là pour faire de la politique véritable en fonction de l’intérêt collectif, en fonction des besoins de notre peuple, c’est pour cela que nous sommes des hommes politiques. »
Les Vénézuéliens ordinaires, les Sud-Américains de la même « engeance », savaient apprécier cela. Ils avaient confiance en leur chef car ils étaient convaincus qu’il luttait du même côté de la barricade qu’eux. Et qu’il ne les trahirait jamais pour une poignée de dollars.
On a eu des gens, au Québec, qui ont su communier tout aussi fort bien avec le peuple. Parce qu’ils défendaient ses intérêts et ne profitaient pas de la situation pour se remplir les poches. Ils furent aimés des Québécois pour cela.
J’ai multiplié les actions politiques en compagnie de Pierre Falardeau. Il fallait voir à quel point l’homme était aimé des Québécois ordinaires. Du garagiste à la caissière ou de l’infirmière au graphiste, c’était la même affaire ; il se faisait constamment arrêter dans la rue pour se faire dire de ne pas lâcher, de continuer de dire ce qu’il pensait, en toute franchise, de poursuivre sa lutte avec autant de courage. Les Québécois l’adoraient. Parce que Pierre a toujours été près d’eux. Il n’a jamais accepté les médailles et les privilèges. Il n’a pas utilisé sa notoriété pour s’enrichir. Il a toujours maintenu le cap vers la libération du Québec sans jamais pervertir ses idées ou ses propos, et cela, les Québécois savaient l’apprécier.
Il en fut de même pour Pierre Bourgault. La fougue dont il fit preuve dans la lutte indépendantiste qu’il menait forçait le respect, l’admiration et l’affection. Bourgault se mettait la tête sur la bûche pour accomplir ce qu’il avait promis de faire. Les arrestations, les coups de matraque ne le ralentirent jamais. Il a même dû déclarer une faillite personnelle parce qu’il y avait, bien sûr, de sévères conséquences financières associées au rôle de chef du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN). Mais jamais il ne se plaint de son sort. Jamais il n’abdiqua en retournant sa veste pour des privilèges quelconques. Toujours, il demeura « fidèle à ses rêves de jeunesse » !
Bien que plus timoré en ce qui concerne la lutte indépendantistes que les deux exemples que je viens tout juste de citer, René Lévesque força lui aussi l’admiration des Québécois mais plutôt par son honnêteté indéfectible. Il multiplia les coups de pied pour mieux combattre la corruption qui sévissait dans les affaires publiques de la « province ». Il le fit en forçant l’exemple. Sa famille et ses amis n’obtiendraient jamais de contrats de sa part ou de son gouvernement. Et alors qu’il était chef non élu du Parti québécois, il refusa de se voir verser un salaire puisé à même les économies du parti. Il savait partager les sacrifices des simples militants. Il était aimé pour cela, et bien d’autres choses aussi.
Car ce n’est pas tout d’être brillant ou talentueux. Sinon Jacques Parizeau aurait réalisé l’indépendance à lui seul. Nul ne peut contester qu’il s’agit là d’une des plus brillantes personnalités publiques que le Québec a connues au cours de son histoire. Mais pour communier avec le peuple, Parizeau n’était pas le meilleur. Son habit trois pièces, ses manières de la London school of Economics ou sa richesse le rendirent toujours un peu suspect (à tort à mon point de vue) aux yeux d’une bonne partie de la population. À un point tel qu’il a dû remettre, faisant ainsi preuve de beaucoup de grandeur, la direction de la campagne référendaire de 1995 à Lucien Bouchard, plus charismatique que lui et plus au diapason du Québécois ordinaire.
Sans sombrer dans le ridicule en posant des gestes qui ne leur collent pas à la peau, je crois que les dirigeants politiques – enfin très certainement ceux du mouvement indépendantiste – devraient prêcher par l’exemple en démontrant hors de tout doute de quel côté de la barricade ils se situent, soit du côté du peuple. Ils doivent être beaucoup plus solidaires des sacrifices de ceux qui s’investissent pour extirper le Québec des griffes du Canada. On a vu par le passé des têtes d’affiche du mouvement souverainiste envoyer leurs enfants à l’école anglaise, on en a vues voter des primes de retraite ultra généreuses à leurs conjoints, on en a vu d’autres accorder des contrats à des amis ou se mettre eux-mêmes les deux mains dans l’assiette au beurre ; bref, on en a trop vues carburer aux privilèges personnels bien plus qu’à la liberté. Est-ce que de tels comportement ne pourront jamais en faire des dirigeants aimés du peuple, en faire des dirigeants dont on aurait envie d’emboîter le pas ? Bien sûr que non !
L’exemple de Chavez, mais également ceux de Falardeau, Bourgault et Lévesque sont à méditer en ces temps obscures où les politiciens n’ont très certainement plus la cote. J’en suis convaincu. En tant qu’indépendantiste encore plus.
#2 | Hugo Chavez
Robert Girard » 17-03-2013 18:58
#1 | Bel Hommage
Martin Lavoie » 08-03-2013 17:10