Le 4 septembre 2012, peu avant minuit, un homme arrive à l’arrière du Metropolis, où sont réunis les militants du Parti Québécois et leur chef. Armé jusqu’aux dents, il fait feu, avant d’allumer un incendie. Un homme périt sous les balles; un autre est grièvement blessé. On arrête le suspect qui déclare : « Les Anglais se réveillent, les Anglais se réveillent! It’s gonna be f***ing payback! ».
Dans les jours qui suivent, des sources affirment au Journal de Montréal que l’homme n’acceptait pas l’élection d’une femme indépendantiste à la tête du Québec, tandis que La Presse titre : « Un amoureux du Canada à l’âme troublée » (!). Résumons : un attentat a été commis lors d’un rassemblement politique. Un attentat qui visait vraisemblablement la chef de l’État et ses partisans. Tout cela suivi d’une revendication politique. Devons-nous vraiment faire comme si cet événement n’avait pas de caractère politique, comme plusieurs nous l’ordonnent presque?
Ce serait tellement plus simple de tout réduire à un geste de pure folie. Cela permettrait de tourner la page rapidement. Cela éviterait de se poser des questions sur notre société. Mais un homme est mort ce soir-là. Un autre a été grièvement blessé et beaucoup de gens ressortent traumatisés de cet événement funeste. Il me semble que le respect dû aux victimes commande de se poser toutes les questions susceptibles d’expliquer une telle tragédie.
En attente du procès
Il appert que le suspect avait des motivations politiques anti-indépendantistes, voire anti-francophones et peut-être même misogynes. On ne peut pas faire comme s’il n’avait pas dit ce qu’il a dit. Est-il fou? Son geste est un geste extrêmement terrible et absurde, barbare, un geste d’atroce folie qui heurte profondément la sensibilité humaine la plus élémentaire. Mais je ne suis pas psychiatre ni juriste. Ce que je sais, cependant, c’est que la psychiatrie ainsi que la législation n’établissent pas de lien direct entre meurtre et aliénation mentale. D’ailleurs, n’oublions pas que reconnaître un accusé comme aliéné mental revient à le reconnaître non responsable de ses gestes. Je trouve plusieurs personnes bien promptes à déresponsabiliser ainsi le meurtrier. Prudence.
Bizarrement, ce sont souvent les mêmes personnes qui s’offusquaient que certains accusés, dans d’autres cas d’assassinats, n’aient pas été reconnus responsables des meurtres commis. Par contre, pour celui qui a commis l’attentat au rassemblement du PQ, on diagnostique maintenant la démence à coup sûr en deux secondes… Je ne comprends pas et ça me laisse un drôle d’arrière-goût. Pour ne pas attiser les tensions linguistiques (donc pour des raisons politiques), on affirme illico que l’homme serait un pur dément et qu’on ne doit pas tenir compte de ses revendications politiques. Paradoxalement, on se sert ici de la politique pour affirmer que tout cela n’aurait rien de… politique. Que de la folie et rien d’autre. Ma position : et si on attendait de voir ce qu’établira le procès? Nous devrions peut-être faire preuve de sagesse et éviter les jugements précipités, non?
Des questions légitimes
Par ailleurs, en réduisant tout cela uniquement à la démence, on évacue toute remise en question de notre société. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a pourtant posé une question qui m’apparaît légitime et en rien provocatrice. La SSJB n’a accusé personne. Au contraire, elle a plaidé pour un apaisement des tensions en posant la question suivante : la haine anti-Québec, anti-indépendantistes et anti-francophones propagée depuis des années (plus particulièrement en contexte électoral ou référendaire) par de nombreux médias anglais du Canada ne contribue-t-elle pas à rendre le climat social explosif?
Cesserons-nous enfin, un jour, de trouver anodin que les caricaturistes des plus grands quotidiens anglais du Canada dépeignent les indépendantistes québécois carrément sous les traits de soldats de la Waffen-SS ou de tueurs du Ku Klux Klan? Jusqu’à quand il continuera d’être banal de dépeindre dans ces journaux le « Quebekistan » comme une société dangereusement tribale, raciste et totalitaire, ou encore de présenter le Parti Québécois comme une réincarnation du IIIe Reich ou des Khmers rouges? C’est odieux, non seulement pour les Québécois, mais aussi pour les victimes des régimes génocidaires auxquels on associe le Québec.
Lorsque depuis un demi-siècle, et même depuis la Conquête en fait, de tels messages anti-francophones sont cesse diffusés dans les plus prestigieuses pages des quotidiens de langue anglaise, est-ce que cela ne peut pas finir par influencer le climat social et plus particulièrement certains individus spécialement dérangés? Et se peut-il qu’il y ait une frange de la population canadienne-anglaise réellement haineuse envers le Québec et les francophones? Sinon, pourquoi n’entend-on jamais, ou presque, de protestations contre les énormités racistes envers les Québécois dans les journaux canadiens-anglais? Et qu’est-ce qui explique l’incroyable déferlement de messages haineux anti-Québec sur les réseaux sociaux et dans les journaux anglais du Canada après la victoire du PQ? Quoi? On ne doit même pas poser ces questions? Eh bien…
Mais merde, si on ne soulève pas ces questions maintenant, quand va-t-on le faire? Jamais, je le crains. Et la haine contre le Québec continuera de fleurir dans beaucoup de médias du Canada anglais… Elle continuera d’être banale. Admise. Lue et relue. Sans protestations. On souhaite ça?
Je ne sais pas ce que vaut mon « analyse ». Peut-être que je ne comprends rien à tout ça. Mais j’ai tendance à me méfier de ceux qui disent que nous ne devons pas nous poser de questions. Leurs certitudes me font peur. Quand on ne veut pas parler de l’éléphant qui est dans la pièce, moi, ça m’inquiète.
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En tout cas, toute ma sympathie aux victimes et à leur famille. Le courage, ce soir-là, portait le nom de ces victimes. Ça, j’en suis certain.
Pierre-Luc Bégin
#1 | RE: Certain de rien... ou presque
Alexis Simard » 10-09-2012 08:22