Ces années-ci, on se demande souvent où s'en vont les leaders indépendantistes québécois. Ont-ils une vision claire? Quel projet de société proposent-ils? Veulent-ils réellement faire l'indépendance? Comment? Des questions légitimes, bien sûr. Mais pourquoi donc ne questionne-t-on jamais les leaders fédéralistes sur leur projet de société pour le Québec? Sans doute qu'au fond tout le monde sait qu'ils n'en ont pas, sinon celui de gérer le Québec à la petite semaine en attendant qu'il devienne définitivement la Province of Quebec...
Quand même, il y aurait des questions à poser! Regardons un peu l'histoire du Parti libéral du Québec. À l'époque de Jean Lesage, ce dernier avait des revendications pour le Québec. Le PLQ de Robert Bourassa aussi en avait. Même Claude Ryan en avait! Or, depuis le référendum de 1995, les fédéralistes québécois ont décidé d'accepter le Canada tel qu'il est, de peur de provoquer une autre crise du lac Meech. Fini l'autonomie du Québec. Fini la souveraineté culturelle. Fini les conditions minimales. Fini la société distincte. Fini toute revendication pour le Québec, en fait. Après le fédéralisme rentable, coopératif ou asymétrique, ce qui ne valait pas grand-chose certes, les fédéralistes québécois ont atteint le fond du baril et sont carrément passés à un fédéralisme de reddition face à Ottawa.
Ainsi, en 2013, les différents candidats à la chefferie du PLQ semblent tous prêts à accepter le Canada tel qu'il est, particulièrement le favori de la course, Philippe Couillard, qui devrait l'emporter haut la main en fin de semaine et qui est prêt à signer la Constitution de 1982. Ses conditions pour que le Québec accepte la Constitution canadienne? Ses revendications pour le Québec? Pratiquement aucune. Bon, que Couillard, membre du Conseil privé de la Reine et proche des services canadiens de renseignement, soit prêt à donner le Québec pieds et poings liés à Ottawa n'a rien d'étonnant, mais qu'il n'y ait aucun fédéraliste québécois pour le remettre à sa place, c'est assez stupéfiant! N'y en aurait-il pas un seul avec un minimum de sens de la dignité pour le Québec?
Pour l'élite fédéraliste, le Québec peut désormais se fondre dans le Canada de 1982, tout va pour le mieux dans le plusse meilleur des pays au monde... Des beaux conquis contents. Comme si, pour les fédéralistes québécois, mieux valait désormais l'inféodation et l'assimilation que la « séparation ». Mais comment ont-ils pu en venir à tomber si bas? En tout cas, cela a au moins l'avantage d'amener un choix clair pour les Québécois. Entre le fédéralisme et l'indépendantisme, c'est aujourd'hui plus que jamais le choix entre la reddition et la liberté. Les leaders fédéralistes devraient d'ailleurs se poser de sérieuses questions sur leur « stratégie », car il n'est pas dit que les Québécois qui craignent l'indépendance et les turbulences de la liberté veulent pour autant un Québec écrasé, folklorisé et soumis...
Dire qu'il suffirait probablement que le mouvement indépendantiste se remette en marche sérieusement pour que plusieurs Québécois fédéralistes réalisent qu'il n'y a plus de fédéralisme qu'un fédéralisme de reddition dont ils ne veulent pas. À trop prendre pour acquis que le pouvoir leur revient, les leaders fédéralistes risquent de se retrouver un jour, peut-être plus tôt qu'on pense, dans une bien mauvaise posture!
Pierre-Luc Bégin
P.S. La citation de la semaine (en fait, elle date d'octobre 2011, mais c'est sorti cette semaine) : « Plusieurs d'entre vous savez qu'Arthur [Porter] et moi sommes d'excellents amis, des amis très proches depuis notre toute première rencontre en 2003. J'admire la façon dont Arthur s'est intégré au Québec ». - Philippe Couillard
#3 | Fédéralisme de reddition
Robert Girard » 17-03-2013 18:43
#2 | fédéralisme de reddition
jacquesdubreuil » 17-03-2013 08:08
du Québec.
#1 | RE: Le fédéralisme de reddition
Le chevalier du Lys. » 13-03-2013 16:55