Chroniques de Pierre-Luc Bégin

Jeudi, 20 septembre 2012 | 
Écrit par Pierre-Luc Bégin   

Bon, enfin!, Charest et les libéraux ne sont plus au gouvernement. Le PQ s’installe et son Conseil des ministres est quand même assez intéressant. Surtout, bien que minoritaire, le PQ pourra maintenant agir, utiliser les leviers de l’État et mettre les choses en place pour faire avancer la cause de l’indépendance… s’il le veut.

En effet, n’allons surtout pas croire tous ceux qui disent, même au PQ!, qu’un gouvernement minoritaire ne pourra rien faire pour la question nationale. Bien sûr, le PQ ne pourra pas faire passer en Chambre toutes les réformes que contient son programme, encore moins faire l’indépendance durant le présent mandat, mais il est tout de même au gouvernement et cela permet beaucoup.

La position minoritaire du PQ ne doit pas devenir une excuse pour ne rien faire pour la cause. Un gouvernement minoritaire peut agir. La preuve? Au jour 2 du gouvernement, le PQ a annulé la hausse des frais de scolarité et la taxe santé, il a abrogé la loi 12 (projet de loi 78), il a confirmé la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II et la fin de l’exploitation de l’amiante, en plus de fermer définitivement la porte à l’industrie des gaz de schiste. Bravo! Il doit maintenant s’attaquer à sa raison d’être : la question nationale. Quelques exemples.

Prenons le dossier de la langue, crucial s’il en est un. Le PQ ne pourra sans doute pas rallier l’opposition à sa nouvelle loi 101, mais il pourra tout de même se servir des tribunes que lui offre sa position au gouvernement pour l’expliquer et faire la pédagogie qui s’impose. Plus encore, le PQ pourra faire en sorte que ce qui reste de la loi 101, hélas édentée par le Canada, soit rigoureusement appliqué. Un gros coup de barre doit être donné. Il a l’obligation de le faire. On s’attend à ce qu’il le fasse.

Du côté des relations internationales, maintenant. Au gouvernement, le PQ a désormais le contrôle sur les délégations extérieures et les antennes du Québec à l’étranger. On s’attend à ce qu’il nomme les bonnes personnes, qu’il renforce la diplomatie québécoise, qu’il s’en serve pour expliquer au monde notre volonté d’indépendance et bien sûr qu’il contrecarre les efforts contraires de la diplomatie canadienne. Il doit le faire. Qu’il le fasse!

Autre exemple : les relations avec le Canada. Le PQ a annoncé qu’il participerait au Conseil de la fédération. Ça vous choque? Attendons de voir. Le PQ pourrait se servir de ces rencontres pour le bien de la cause. Les provinces canadiennes sont totalement fermées à de nouveaux pouvoirs pour le Québec. Soit. Alors que le Québec se présente à ce Conseil de la fédération et qu’il exige l’appui des provinces pour obtenir les pouvoirs que réclament les Québécois, même plusieurs fédéralistes, dans les domaines de la langue, de la culture, des communications, etc. Un refus canadien catégorique assuré… Et l’on peut avoir bien du plaisir avec nos « partenaires » canadiens!

Il y aurait de nombreux autres exemples à donner. Si le PQ veut, il peut! Il peut se servir de sa place au pouvoir, même minoritaire, pour faire avancer l’indépendance et pour révéler la fermeture totale du Canada par rapport aux aspirations du Québec.

La question qui tue maintenant : le PQ a-t-il ce minimum de volonté qu’exige la direction du mouvement indépendantiste québécois?

Cette semaine, le PQ déclarait ne pas trop savoir s’il retirerait le drapeau canadien du Salon rouge à l’Assemblée nationale… La réflexion prendra « des semaines », a-t-on déclaré au PQ. Et dans le discours de Pauline Marois précédent l’assermentation de ses députés, pas un mot sur la souveraineté… Misère! Pauline Marois s’est reprise dans son discours lors du dévoilement du Conseil des ministres, mais tout de même!

Si le PQ craint réellement la division du vote indépendantiste comme il n’a cessé de le clamer durant la campagne, c’est à lui d’agir maintenant. Il a le fardeau de prouver qu’il redevient une formation politique vigoureusement indépendantiste. La prochaine élection se prépare maintenant et je ne demande pas mieux que d’être surpris.

Pierre-Luc Bégin

N.B. Parlant de volonté indépendantiste, Bernard Frappier, directeur et fondateur du site Vigile.net, est décédé cette semaine. Son travail acharné pour l’indépendance mérite d’être salué. Qu’il repose en paix. Toute ma sympathie à ses proches.

 
Commentaires  
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#2 | RE: Quand on veut...

Ouhgo » 21-09-2012 08:06

Peut-être la volonté mais le temps et les effectifs?.. :-x . Déjà en un jour, Pauline a donné des contrats à plein temps à la moitié de ses ministres... Et la loi 101, Duchesne devra l'imaginer en structurant son sommet, les délégations, Lisée s'y met en parant les flèches des anglomontréalai s, le Canada, Cloutier raffine son approche pendant sa convalescence... Les ministres verts s'arment contre la hargne de l'opposition majoritaire.

Il faut impressionner le monde en 100 jours, avec une formation minimaliste... Et contenter des Québécois qui ont voté autant pour "l'économie" de Charest que pour l'écologie du pays.

Comme vous, je prêche la prudence, genre manifestons ce 22 septembre, pour applaudir au progrès en éducation et prévenir de ne pas céder aux démons de la "juste part". Mais je verrais d'un mauvais oeil de la casse pour "accélérer la cadence". :-*

−6 +−

#1 | Comme si la lutte de libération nationale n'était pas, en soi, un projet de société.

Laurent Desbois » 20-09-2012 20:48

« Rester une province constitue un risque inacceptable pour le Québec » — Pauline Marois

« On veut changer de gouvernement, changer de direction, changer de pays! » Pauline Marois, après la victoire d’Argenteuil.

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »
Discours inaugural de John Fitzgerald Kennedy, le 20 janvier 1961

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